Green Deal : un démarrage difficile mais qui ne préfigure pas nécessairement de la suite

Présenté comme un moyen simple de réduire la consommation énergétique des ménages et remédier à la précarité énergétique, le système de financement de travaux britannique lancé en Janvier dernier n’a pas encore fait ses preuves sur le terrain.

L’objectif du Green Deal est d’aider les ménages à financer la rénovation énergétique de leurs logements à travers des prêts de longues durées, qu’ils remboursent grâce aux économies réalisées sur leur facture énergétique (CF notre articleLe Green Deal comment ça mache?).

Le dispositif, à qui on prédisait un succès fulgurant dans un contexte où la facture énergétique des ménages ne cesse d’augmenter et où 4,5 millions de foyers sont considérés en situation de précarité énergétique, peine à décoller.

Pour comprendre ces difficultés, resituons d’abord le contexte du Green Deal.

Le dispositif a été déployé début 2013 et vient remplacer, avec le programme « Energy Company Obligations » (ECO), les 3 dispositifs précédents qui arrivaient à échéance fin 2012 :

  • Le Carbon Emission Reduction Target (CERT), qui était l’équivalent de notre dispositif de Certificats d’économie d’énergie (C2E)
  • Le Community Energy Saving Programme (CESP), plutôt orienté vers la lutte contre la précarité énergétique dans des zones prédéfinies
  • Le Warm Home Scheme qui consistait à attribuer des subventions pour les travaux d’efficacité énergétique

Bref, les dispositifs s’empilaient et rendaient les mécanismes d’aide peu lisibles pour les particuliers.

Le Green Deal devait offrir un cadre plus facile à appréhender et plus simple à mettre en place, puisqu’on disposait dorénavant d’une porte d’entrée unique pour la réalisation des travaux et pour leur financement.

Seulement voilà, en Avril 2013, soit 2 mois après son lancement, le nombre de projets d’isolation des logements avait baissé de 97% par rapport à l’année précédente.

Les obstacles souvent cités sont de trois ordres :

  • Le premier est lié aux conditions de financement de l’opération. Les taux d’intérêt actuellement observés sur les crédits adossés aux projets, oscillent entre 6% et 11% selon la durée, ce qui dissuade beaucoup de foyers à s’engager dans des opérations de Green Deal. Notamment lorsqu’ils ont accès à des crédits bancaires plus avantageux.
  • Le deuxième frein concerne le rattachement au logement de la créance née de l’opération de Green Deal. Les propriétaires estiment que cela peut être mal perçu par les acheteurs en cas de vente. Ces derniers n’apprécieraient peut être pas qu’on les force à hériter d’un contrat de Green Deal qu'il pourraient juger trop coûteux, et pourraient en profiter pour négocier le prix du logement…
  • Enfin, l’arrêt d’un dispositif CERT (équivalent de nos C2E) que la plupart des opérateurs avait fini par comprendre et maitriser, a été visisblement mal perçu.

Au-delà de ces raisons, le dispositif, qui était voulu au départ simple, risque de retomber dans la complexité. En effet, le secteur de l’énergie est nettement moins concentré qu’en France et la multiplicité des acteurs posera à terme problème quant à la transmission des créances entre Green Deals Providers : entre les mutations et les changements de fournisseurs plus fréquents outre-manche, cela pourrait atteindre un niveau de complexité tel qu’il faudrait créer de véritables systèmes de compensation entre fournisseurs d’énergie. Le coût du traitement de ces opérations pèserait nécessairement au final, sur le coût des contrats de Green Deal.

Mais cela ne condamne pas forcément le dispositif à l’échec. Malgré ces débuts difficiles, le Green Deal pourrait encore trouver les moyens de (re)démarrer. Rappelons que le prix de l’énergie est plus élevé qu’en France, ce qui accélère l’amortissement des équipements et des matériaux liés à la rénovation énergétique et améliore les temps de retour sur investissement. De plus, l’émergence d’une valeur verte des logements britanniques se fera nécessairement plus vite et incitera les propriétaires à réaliser des travaux de rénovation énergétique afin d'éviter la dépréciation de leur patrimoine immobilier. Nous pouvons citer à ce titre, une récente étude du DECC (Département de l’Energie britannique) qui a montré qu’une amélioration de la classe énergétique d’un logement de G à B pouvait déjà aujourd’hui provoquer une hausse du prix de revente de 12% à Londres et jusqu’à 38% dans d’autres villes d’Angleterre.

Il est également probable que le Green Deal ait souffert d’une mauvaise politique de communication : mal préparée et très mal déployée. A tel point que certains déplorent une quasi-absence d’informations sur le terrain à destination des particuliers. Un sondage YouGov, indiquait en janvier 2013, que 4 britanniques sur 5 n’avaient encore jamais entendu parler du Green Deal.

Le Green Deal est un dispositif atypique et innovant, si les quelques lacunes qui le handicapent aujourd’hui sont levées, il est possible qu’avec encore un peu de temps, les opérateurs finissent par le comprendre et se l’approprier. Bref, c’est une « affaire à suivre ».